Après trois années passées à la préparation de l’élaboration du scénario, les réalisateurs Jacques Perrin et Jacques Cluzaud devaient faire un choix capital pour mener à bien leur projet : fallait-il tourner les images sous-marines au format vidéo Haute Définition ou en pellicule film 35mm comme les prises de vue extérieures ?
L’idéal aurait été que nous tournions en 35mm pour homogénéiser la qualité du film à la diffusion. Le problème est que sous l’eau, la durée de la pellicule restreint la durée d’enregistrement à 4 minutes. Nous aurions pu parer à cette limitation en chargeant des magasins plus gros. Mais les caissons auraient atteint une taille trop volumineuse, devenant trop lourds et encombrants. Les caméras Haute Définition classiques sont idéales pour la télévision, mais les réalisateurs ne voulaient pas d’un rendu de type vidéo, froid et très défini. Il fallait marier parfaitement l’image HD et 35mm.
En janvier 2005, sous la direction de M. Philippe Ros, spécialiste de la Haute Définition, superviseur de la vision, directeur de la photo, qui a participé au développement des nouvelles machines inventées pour ce tournage, nous sommes intervenus pour faire les premiers essais en mer, à Marseille. Pendant 10 jours, nous avons testé et réglé les caméras HD pour tous les différents cas de figure que nous imaginions rencontrer plus tard, pendant le tournage.
Etaient également présents Messieurs Mourié et Pisano du service développement de chez Sony, afin de trouver des nouveaux types de réglages des caméras répondant à nos exigences. M. Olli Barbé, producteur exécutif du film, était venu assister à tous ces tests pour les faire valider par la production. M. Didier Noirot, chef opérateur sous-marin, était chargé de vérifier si les réglages étaient cohérents en regard de son expérience de plongeur.
Notre rôle consistait à filmer dans un premier temps des mires afin de déterminer, entre autres, la profondeur maximale à laquelle nous pouvions filmer sous l’eau sans perdre les couleurs. J’étais sous l’eau, caméra posée sur un trépied, je renvoyais par câble vidéo les images. A l’aide des communications sous-marines je pouvais facilement parler avec le bateau et exécuter tous les différents réglages demandés par les “ ingénieurs “.
Nous avons ensuite immergé un plongeur vêtu d’un déguisement qu’aucun grand couturier n’aurait imaginé. Je l’ai filmé dans toutes les positions et toutes les situations : en pleine eau bleue ou verte, en contre jour, sous des rochers, en position statique et en mouvement.
Nous avons ainsi pu changer sous l’eau nos courbes de gamma, qui permettaient de tourner en haute lumière sans effet de seuil, ainsi que de travailler en basse lumière. Nous pouvions aussi changer nos préréglages, c’est à dire affiner la colorimétrie de la caméra de 0 à 20 mètres.
En Février 2006 nous avons effectué de nouveaux tests caméras. Nous avons également formé les opérateurs sous-marins à l’utilisation des différents réglages des caissons, ainsi qu’à travailler avec des appareils respiratoires en circuit fermé.
Nous avons fourni des caissons sous-marins avec caméra HDV et éclairages pour tourner des Making-of.
Galatée Films nous a confié la responsabilité de tous les tournages sous-marins en matière de sécurité des plongeurs, en collaboration avec M. Georges Gourdon, spécialiste de l’Hyperbare. Notre mission consistait à permettre aux chefs opérateurs de filmer au mieux les séquences demandées par MM. Jacques et Jacques.
Chaque plongeur étant sous la responsabilité de la production, nous avons établi des règles de sécurité et des plans de travail spécifiques à chaque tournage, car les conditions variaient extrêmement de l’un à l’autre. En tout, nous avons tourné à 6 équipes sous-marines.
Je me suis très vite rendu compte que nous allions avoir des problèmes avec la législation française, qui avait été rédigée à l’époque pour des plongeurs effectuant des travaux sous-marins et nécessitant une logistique très lourde. Nous sommes passés au 21 ème siècle, les plongeurs et leurs activités subaquatiques ont évolué. Mais pas la législation. Nous avons fait acheter un brancard Hyperbare en cas de problème d’accident de plongée.
Nous partions aussi avec un instructeur recycleur qui s’occupait de notre sécurité sous l’eau et de la préparation de nos appareils à circuit fermé.
En conclusion : 4 années de tournage, 72 plongeurs, 56 lieux différents, 3700 heures de plongée. Pas un seul accident grave. Nous n’avons jamais eu à utiliser le brancard hyperbare. Nous sommes très fiers d’avoir rempli cette mission délicate qui - au départ -ne semblait pas du tout évidente.