“L’Océan ! C’est quoi l’Océan ?” demande un enfant au début du
film. Pour lui répondre, commençons par oublier chiffres, explications
et analyses.
Jacques Perrin
Progressivement, l’homme s’est aventuré sur la mer.
Ses découvertes furent autant de conquêtes.
Naviguant au-dessus d’un monde mystérieux, il n’en soupçonnait pas l’infinie richesse et diversité.
Si les secrets océaniques ont fasciné les explorateurs, ils ont aussi fait naître les convoitises.
On n’a jamais tant découvert, on n’a jamais tant agressé.
Et pourtant, la mer est encore un immense territoire sauvage.
Les portes océanes offrent toujours des espaces de liberté illimités.
La mer, les bateaux, les poissons, c’est ce que dessinent les enfants.
L’histoire naturelle des espèces cachées dans la mer est un merveilleux conte du vivant…
Oceans n’est pas un documentaire mais un opéra sauvage.
Chaque plongeur cameraman, chaque opérateur a apporté des fragments de la partition :
celle d’un hymne à la mer.
Jacques Cluzaud
Pour tenter de raconter l’histoire des océans, nous avons cherché
à ouvrir d’autres portes que celles des statistiques : celles d’un conte
fantastique et magique, des merveilles du petit monde du récif
corallien, de l’héroïsme des dauphins en pleine charge, des danses
gracieuses des baleines à bosse et des seiches géantes, de l’horreur
des agressions faites aux océans et à leurs créatures, de l’incroyable
spectacle de la mer déchaînée dans une tempête titanesque,
du silence d’un muséum des espèces disparues…
Le film Oceans n’allait pas chercher à expliquer des
comportements, ne donnerait pas d’informations sur les espèces,
ne chercherait pas à enseigner… mais à faire ressentir.
50 ans après LE MONDE DU SILENCE du Commandant
Cousteau, des centaines de cinéastes, de toutes nationalités, ont
réalisé d’incroyables documentaires sur la plupart des espèces
marines.
Dans quelle direction aller pour trouver du “nouveau” ?
Une seule réponse : dans toutes les directions possibles.
Le mouvement bien sûr, comme pour LE PEUPLE MIGRATEUR en
accompagnant les espèces marines dans la dynamique de leurs
déplacements. Mais aussi la recherche d’une nouvelle façon d’éclairer
dans l’obscurité ou dans la nuit des océans. Et avant tout,
l’indispensable contact avec l’animal filmé jusqu’à obtenir les plans
qui transformeront le sujet en personnage.
Une chose rare et très particulière avec Jacques Perrin est que rien
ne s’élabore avec une quelconque notion de limite, à commencer par
celle du temps.
En tournage, le temps est notre allié le plus précieux : il est
indispensable pour filmer les images qui permettront de monter une
séquence aussi riche et dynamique qu’on le ferait dans le cadre d’une
fiction alors que la nature n’est ni contrôlable ni tout à fait prévisible.
Le temps nous permet de recommencer encore et encore, quelle que
soit la difficulté de l’entreprise.
Réaliser un film comme Oceans implique une recherche
permanente et je crois que c’est cette envie de chercher dans
des directions nouvelles qui caractérise le mieux tous ceux
qui ont accompagné le film jusqu’au bout. Car que demande
finalement Jacques Perrin à ceux qui ont la chance de travailler
avec lui si ce n’est d’aller au bout de leurs rêves, puisque le sien
est infini…
Comme pour LE PEUPLE MIGRATEUR, deux familles de cinéastes
se sont réunies ; des spécialistes du monde animalier aux cotés
d’autres issus de la fiction pour qu’, au-delà du
documentaire, devienne tout simplement un film de cinéma.
Quatre années de tournage nous ont menés en des lieux bien
particuliers de notre planète que l’on pourrait classer en deux
grandes catégories : ceux où la vie semble s’exprimer telle qu’elle le
fit pendant des milliers, voire des millions d’années et ceux où
manifestement l’ordre de la nature a sérieusement changé. La mer
d’abondance que nous cherchions n’existe plus dans les endroits mis
à mal par les activités des hommes : surpêche, pollution, côtes
bétonnées…
Comme une poignée de confettis jetés sur la planète, il reste ça et là
des sanctuaires ; des espaces protégés où la vie s’exprime, ou bien
renaît, avec ténacité et vigueur.
Aux îles Cocos, au large du Costa Rica, il suffit de mettre la tête sous
l’eau pour voir s’affairer poissons de toutes espèces, requins en tous
genres, raies de toutes tailles et autres tortues et mammifères marins.
Au nord de l’Arctique, sur la petite île de Coburg, où même nos
guides Inuits n’avaient jamais posé les pieds, phoques, morses et ours
polaires sont encore seuls chez eux.
Àl’extrême ouest des Galápagos, sur la pointe de l’île Fernandina qui
ne voit guère plus d’un scientifique tous les vingt ans, les aigles, au
milieu des iguanes marins, des otaries et des cormorans, sont venus
se poser sans crainte à quelques mètres de nous, pour observer ces
curieux bipèdes que nous sommes.
C’est principalement sur ces petits endroits du monde qu’ont été
tournées les images du film Oceans… avec l’espoir qu’il ne
s’agisse pas là du reflet d’une diversité révolue mais d’une vie tenace,
toujours renaissante, sauvage et libre.